Pendant très (trop) longtemps, les notions de sexe et genre ont été confondus. Cette confusion a engendré de nombreux travers dans notre société occidentale. Au nombre de ceux-ci se trouve le sexisme ordinaire, auquel des mouvements populaires tels que #MeToo ou #BalanceTonPorc tentent de mettre fin. A ce stade, vous vous demandez peut-être ce qu’est le sexisme ordinaire.

Si vous avez déjà entendu ou dit les propos suivants, sachez qu’il s’agit de sexisme.

Sois un homme, sois fort !

Le foot, c’est une histoire de mecs.

Les filles, ça ne fait pas d’étude, ça se marie !

Quand on met une robe c’est pour se faire draguer.

Pourquoi tu t’inquiètes, ton mari gagne bien sa vie, non ?

Ces propos peuvent sembler anodins, banals, mais, en réalité, ils stigmatisent et simplifient les questions de genre et de sexe. Plus encore, ils réduisent les personnes à leur rôle social de genre. Ils ne tiennent pas compte de leurs autres aspects identitaires, tels que l’identité de genre ou l’expression de genre.

Au surplus, ces propos font comme si l’attribution d’un sexe à la naissance, mâle ou femelle, décidait de l’identité, de l’expression et du rôle social de genre que la personne doit emprunter tout au long de sa vie. Ils nient parfaitement l’autodétermination de la personne, sa liberté à se définir et à se choisir.

Au revoir le sexisme, bonjour les études de genre

C’est pourquoi, les études de genre (gender studies) sont apparues aux Etats-Unis dans les années 1950. Avec en ligne de mire la volonté de mettre fin au sexisme, elles ont peu à peu changé la donne. Ces études étaient par ailleurs souvent liées à des mouvements activistes LGBTQIA+ ou féministes. Ensemble, académiques et activistes se sont battu·e·s farouchement pour que l’épanouissement des personnes et leur autonomie prévalent sur l’ordre soit disant immuable homme-femme.

En effet, l’analyse du genre est une analyse critique qui remet en cause les catégorisations du féminin et du masculin. Le sexe reprend sa détermination biologique mais pas dichtomique, alors que le genre se décline dans une multiplicité bien plus élaborée. Au fil des lignes suivantes, nous tenterons de faire le point sur les différentes notions de sexe, de genre, d’identité de genre, d’expression de genre, de rôle social de genre, et enfin d’orientation sexuelle. Ensuite, cela sera à vous de jouer pour inclure ces notions dans votre langage quotidien. Avec un peu d’exercice, je vous rassure, tout le monde y arrive !

Sexe

Le sexe est une convention basée sur les caractéristiques biologiques qu’une personne possède à la naissance. Ces caractéristiques peuvent inclure les chromosomes, les gamètes (ovules ou spermatozoïdes), les phénotypes, les gonades, les organes reproducteurs, la composition hormonale, etc. La majorité des gens considère le sexe comme une dichotomie mutuellement exclusive entre mâle et femelle, mais la composition biologique des humains est plus complexe.

En effet, une personne peut présenter des variantes au niveau d’une ou plusieurs caractéristiques biologiques, rendant sa catégorisation (pour autant qu’elle soit nécessaire) incorrecte en tant que mâle ou femelle. C’est notamment le cas pour les personnes intersexuées. Dès lors, il est plus correct de considérer le sexe biologique comme un continuum.

Genre

Le genre est un construit socio-culturel à distinguer de la notion de sexe qui, pour sa part, est une convention d’ordre biologique. Les concepts de genre et sexe ne sont donc pas interchangeables. De plus, ils sont tous deux des continuums et non pas des dichotomies mutuellement exclusives. En effet, le genre est basé sur de nombreuses dimensions telles que le ressenti, le vécu, l’assumé, l’attendu, l’exprimé et le présenté. On reconnaît généralement trois aspects (non limitatifs) à la question du genre : l’identité de genre, l’expression de genre et le rôle social de genre.

– Identité de genre

L’identité de genre d’une personne se réfère au genre auquel elle s’identifie. Bien que la plupart des personnes s’identifient au genre qui leur a été assigné à la naissance, cela ne va pas de soi. Par exemple, une personne de sexe femelle peut s’identifier à une identité de genre homme, tout comme une personne femelle peut s’identifier à une identité de genre femme. Cette même personne pourrait également ne pas s’identifier à un genre particulier, on parle alors de personne agenre. De même, son genre pourrait varier dans le temps, on parle alors de personne au genre fluide. Et ces exemples ne résument pas encore toute la diversité des identités de genre, qui ne s’expriment pas selon l’axe binaire femme-féminin ou homme-masculin, mais sur un continuum. Des personnes peuvent ainsi se déclarer non-binaire, neutrois, transgenre homme, transgenre femme

– Transgenre et cisgenre

Parmi la multiplicité des identités de genre, vous avez peut-être entendu parler de transgenre et de cisgenre. Mais que veulent dire ces termes ?

Une personne se dit cisgenre lorsque son genre est relativement en adéquation avec le rôle social attendu en fonction du genre qui lui a été assigné à sa naissance. Dès lors, dans notre société occidentale, une personne assignée fille à la naissance et se vivant ou se définissant librement en tant que femme se qualifie probablement de cisgenre.

Une personne se dit transgenre lorsque son identité de genre et/ou son expression de genre diffère de celle habituellement associée au genre qui lui a été assigné à la naissance. De la sorte, une personne assignée fille à la naissance et se vivant ou se définissant librement en tant que homme se qualifie probablement de transgenre homme. La détermination de son identité de genre étant libre. Elle peut également se qualifier d’avoir un genre fluide ou d’être agenre ou se donner un autre qualificatif ou bien aucun. D’un point de vue sémantique, le terme “transidentité” est le terme générique utilisé pour décrire toute identité de genre autre que cisgenre. Et comme vous l’aurez désormais compris l’autodétermination est ce qui prime.

– Expression du genre

L’expression de genre concerne la ou les façon·s dont une personne exprime son identité de genre et dont elle est perçue. Autrement dit, il s’agit des aspects extérieurs, des attitudes, des comportements, du langage, des vêtements… que choisit une personne d’emprunter. Généralement, l’expression de genre correspond à l’identité de genre, mais une personne peut décider librement de choisir une forme occasionnelle ou temporaire d’expression différente. Pensons par exemple aux tra·ns·vesti·e·s, drag kings ou drag queens.

– Rôle social de genre

Le rôle social de genre est la manière dont la personne choisit de se comporter pour être intégrée au sein de son groupe social. Ces comportements se basent sur un ensemble de stéréotypes et d’injonctions différenciées, définissant les comportements socialement prescrits ou proscrits par les normes genrées binaires. Par exemple, un homme devrait être fort, une femme devrait être plus sensible. Ces normes peuvent varier d’une société à l’autre. Elles ne sont pas toujours au goût de chacun, il n’est pas obligatoire d’y souscrire, mais elles régissent souvent l’inclusion des personnes au sein d’une société.

Orientation sexuelle ou préférence sexuelle

L’orientation sexuelle, également appelée préférence sexuelle, est un terme utilisé pour décrire l’attirance sexuelle, sentimentale et/ou émotionnelle d’une personne envers une ou des autre·s.

L’orientation sexuelle est complètement indépendante de l’identité de genre, de l’expression de genre ou du rôle social de genre. En d’autres termes, l’identité de genre d’une personne ne définit pas son orientation ou sa préférence sexuelle. Dès lors, transgenres et cisgenres peuvent se définir comme hétérosexuelles, gay, lesbiennes, asexuelles, bisexuelles, pansexuelles, polyamoureuses… avec une constance dans le temps ou des variations. La transidentité, quant à elle, n’a rien à voir là-dedans.

Et si on faisait un petit exercice…

Maintenant que vous savez tout (ou à peu près) sur les notions de sexe et de genre, c’est à vous de jouer ! Au début cela peut sembler un peu complexe… Mais une fois que vous commencerez à déconstruire vos habitudes de pensée pour emprunter ce nouveau champ sémantique, vous verrez c’est assez simple. Il suffit d’un peu de pratique et de se souvenir entre autres des quelques conseils suivants :

  • Partez du principe que vous ne connaissez pas le genre de la personne en face de vous tant que vous ne lui avez pas demandé.
  • Ne dites pas “transexuel·le” mais “transgenre”.
  • Transgenre est un adjectif, tout comme cisgenre. Quand vous parlez de quelqu’un, préférez donc l’expression “une personne transgenre” ou “une personne cisgenre”.

  • Appelez une personne transgenre par le pronom qu’il/elle a choisi, il suffit de lui demander.

Et si vous voulez vous entraîner, c’est simple, passez une journée à parler de manière grammaticalement neutre. Par exemple, à la place de dire : je suis joyeux·se, dites je suis d’humeur joyeuse.

Vous êtes en questionnement sur tous ces sujets ?

Si à l’issue de cette lecture, vous avez envie de parler à quelqu’un d’expérimenté sur les questions de transidentité, les thérapeutes de pridemotion.com sont à votre disposition. Ils/Elles connaissent les difficultés, les challenges et la vie des personnes LGBTQIA+ et peuvent vous soutenir. Vous ne serez jamais jugé·e qui que vous soyez.

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